100 km de Bienne
J'aime bien pouvoir contrôler ce que je fais, contrôler dans le sens de maîtriser. Alors afin d'être "no stress" je suis parti en direction de Bienne vendredi en début d'après-midi. Arrivé sur place j'ai fait le tour du propriétaire et je suis tombé sur mon pote Jean-Luc Ridet qui était en représentation pour Mizuno et Jean-Hervé Bourdet de Mizuno. Jean-Hervé est notre super commercial qui fait le lien entre la marque et nous (Jean-Luc, moi et les autresRomands) pour le matos. Je récupère le dossard, nous mangeons ensemble et nous déconnons sur tout et rien... surtout sur rien mais c'est ça qui est bon
J'ai bien essayé de me reposer dans la voiture mais rien à faire alors vers 20h00 je me suis préparé avec calme et lenteur : pommade Nok en veux-tu en voila pour éviter un maximum les effets désagréables des frottements, le bon laçage des baskets, vérifier plusieurs fois que la lampe frontale fonctionnait etc... etc...
Quand Laurent est arrivé pour m'accompagner à vélo nous avons pris 3 fois trop de matos dans la panier, mais à ce moment là nous ne le savions pas... et puis à 21h30 il est parti rejoindre les autres cyclistes pour aller se poser 25 km plus loin.
21h45 : je suis avec les autres coureurs, nous attendons le départ.
21h50 : je trouve le temps long... pfff
21h55 : euh... oulala ça approche... je trouve que le temps passe trop vite pfff
22h00 : Top départ. Jean-Luc m'avait dit : « Tu vas voir il y a une super ambiance ». Waouh ! Il avait raison le passage dans Bienne et top, par moment j'ai même senti quelques émotions m'envahirent... Le public est génial, il applaudit, il encourage, ça crie, ça bouge, ça fait du bruit. Du bonheur à l'état pur pour se lancer. Mais pas folle la guêpe, je me laisse volontiers doubler par tous ceux que je redoublerai dans les heures suivantes. Partir tranquille, 8-9 km/h sans forcer, en footing... et ça fonctionne ou presque car je passerai le 20ème kil' à exactement minuit. Donc j'assure un bon 10 km/h (en enlevant la marche aux ravitaillements).
J'ai décidé de me faire tous les ravitos, et de manger en marchant. J'attaque assez vite avec du pain et je tiendrai une grande partie de la course en buvant de l'eau, de la boisson iso et du Coca. J'ajouterai les produits que je connais et qui me vont bien (Gels et iso Powerbar).
J’avais eu une alerte le vendredi 05 juin lors d’une sortie de 19 bornes. J’avais ressenti une douleur derrière le genou gauche. Ensuite je m’étais encore fait une sortie en footing le dimanche sans souci et puis repos toute la semaine.
En tout cas les premiers 20 km passent (à part la douleur à l'arrière du genou gauche qui s'installe vers le 7ème km) comme une lettre à la poste. Au 25ème je retrouve Laurent. Quand il me demande comment je me sens je lui fais part de mon inquiétude et que si c’est aussi fort jusqu’à la fin, j’aurai de grosses difficultés. Et je commence à les sentir « vraiment » à chaque fois que je m’arrête aux ravitos et que je dois me remettre à courir.
Avec Laurent on papote psycho, coaching et on raconte des blagues qui valent 2 francs et 1 mars.
J’ai une pensée pour cette coureuse vers le 28ème qui était pliée en 2 le long de la route et qui vomissait tout ce qu’elle pouvait. Plusieurs centaines de mètres plus loin nous l’entendions encore… impressionnant.
Nous ne faisions plus attention au kilométrage quand je demande à une bénévole lors d’un ravitaillement à quel km nous nous trouvons elle me dit et me montre sur ses doigts « Fünf fünf », donc « cinq cinq »… et là dans ma tête ça fait waouh ! A cette vitesse nous serons à l’arrivée à 08h00 et non à 10h00 je suis heureux ! Sauf que la bénévole avait dû abuser d’une substance hallucinogène… c’était le 45ème… pas le 55ème ! Et là ça change tout !
Malgré la nuit je sens des bouts de lignes droites qui sont interminables, certains passages sont longs, il me semble vers le 35ème. Ou encore à partir du 55ème où nous sommes séparés des cyclistes pour environ 12 km lors de la traversée d’un bois. Le chemin ressemble par moment à une mono trace, les racines sont assez blagueuses et les cailloux bien ancrés dans le sol modèlent les semelles à leur image. Si je refais ce 100 km, c’est la partie que je redouterais le plus.
Bizarrement, si je n’avais pas eu cette tendinite (je l’apprendrai plus tard) je n’aurais pas grand-chose à raconter. J’ai couru, je sentais les muscles se contracter petit à petit, un peu de marche dans les montées, mais ce compte rendu serait banal car j’ai aussi senti que ma préparation portait ses fruits. Et je sais que j’aurais pu et que j’aurais dû la terminer cette course. Mais voilà à partir de 05h30, alors que l’estimation nous faisait arriver à 09h00, l’arrière de mon genou gauche est devenu si douloureux que par moment je serrais très fort les poings sur mes pouces comme si cela pouvait servir d'analgésique... Je ne pouvais pratiquement plus plier la jambe. Alors j’ai commencé à marcher beaucoup plus, voyant mes chances de succès (arriver en 12h00) fondrent au soleil. Comme nous d’ailleurs, car après la froideur de la nuit, la chaleur s’est installée pour notre plus grand plaisir au début... 
L’idée de stopper a germé dans ma tête, mais je m’y suis radicalement opposé jusqu’au 88ème km. Et jusque là je marchais et retentais régulièrement de courir. Plus le temps passait plus la douleur devenait puissante et plus il m’était compliqué de retrouver un semblant de foulée (la jambe droite n’était plus qu’un appui, mais pas un moteur). Laurent a compris à un moment donné que c’était terminé. Je le sentais soucieux quand il me regardait, je voyais en lui un regard compatissant.
Mais qu’est-ce que ça été dur pour moi de dire je stoppe. Il m’a fallut, je crois, plus de courage pour prendre cette décision que pour tenir physiquement le plus loin possible. Et quelle rage de savoir qu’il n’y avait « plus que » 12 km. Et quelle déception après les semaines de préparation. J’ai ressenti une profonde tristesse et pendant un moment une profonde honte de ne pas avoir été au bout.
Un gars est venu me chercher au ravitaillement, Laurent a terminé le parcours à vélo. J’ai été amené à l’infirmerie. La toubib qui était là a été surprise de voir un genou aussi gonflé par une tendinite. Il parait que c’était très enflé et très rouge. Le moindre effleurement devenait un supplice. Elle m’a dit que j’avais pris la bonne décision et que j’aurais dû la prendre bien avant… mais voilà. Résultat : 1 mois de repos prévu pour bien récupérer.
Je suis allé à l’hôtel, j’ai passé quelques coups de fils rapides, j’ai mangé, j’ai fais une sieste et en me réveillant mon état d’esprit changeait déjà. Après la colère et la tristesse, l’esprit de revanche est revenu au galop et je me suis promis d’y retourner. Je me suis promis que la prochaine fois j’arriverais au bout de cette course car je sais que je peux la faire… sans tendinite.
Feedback :
- Les stratégies mentales ont correctement fonctionnées.
- La raison a pris positivement le dessus (un peu tard ?).
- Je sais que je peux tenir un rythme de 9,5 – 10 km/h sur ce tracé.
- Je peux prévoir moins de nourriture et de boisson à emporter.
- Pour le frileux que je suis un collant long aurait été préférable.
- Je me suis trouvé dans une impasse mais je vais y retourner car ce n’est que partie remise.
- J'ai noté dans mon agenda : Vendredi 11 juin 2010, départ des 100 km de Bienne à 22h00 !!!
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14 Juin 2009 à 14:06 dans
- COMPTES RENDUS









Hello, merci ! Je vous ai vu Les Traines la Grolle sur la ligne de départ ! En 2010 j'irai au bout et si je suis énervé, je ferai le parcours aller-retour ;)
Posté par Stéphane Abry — 22 Juin 2009, 21:11
Bonjour.
Beau compte rendu. Et encore bravo pour votre courage et votre volonté sur ce 100 km de Bienne.
Nous étions trois membres du club à tenter cette distance et un seul a passer la ligne d'arrivée. Mais ça reste une belle course et surtout une belle aventure
Posté par pasquier — 21 Juin 2009, 21:06
Bravo pour l'exploit et pas de découragement car
faire ce que tu as fait est déjà super TOP .
Bises et soignes-toi bien.
Posté par Evelyne et Daniel — 14 Juin 2009, 19:18